Un réchauffement des eaux du Pacifique, des vents qui changent de régime et, à des milliers de kilomètres de là, des conséquences possibles sur les températures et les précipitations : El Niño est un phénomène naturel capable de perturber le climat à l’échelle planétaire. En 2026, un nouvel épisode a débuté en juin et se renforce rapidement. Mais qu’est-ce qu’El Niño exactement ? Et quelles conséquences peut-on attendre, notamment en France ?
Un phénomène localisé…
El Niño est un phénomène climatique naturel qui prend naissance dans le Pacifique équatorial. Il correspond à une phase chaude d'un phénomène plus vaste appelé ENSO, pour El Niño-Southern Oscillation, ou « oscillation australe El Niño ».
L’ENSO alterne de manière irrégulière entre trois situations :
- El Niño, la phase chaude ;
- La Niña, la phase froide ;
- Une phase neutre, lorsque ni El Niño ni La Niña ne dominent.
Ces épisodes ne se produisent pas à intervalles réguliers : ils surviennent généralement tous les 2 à 7 ans et peuvent durer plusieurs mois, parfois plus d'un an.
Le principe est relativement simple : lors d'un épisode El Niño, les eaux de surface du centre et de l'est du Pacifique équatorial se réchauffent davantage que la normale. Ce réchauffement modifie à son tour la circulation de l'atmosphère au-dessus de l'océan, notamment les vents et la répartition des précipitations.
Et c'est précisément ce couplage entre l'océan et l'atmosphère qui permet à El Niño d'avoir des effets bien au-delà du Pacifique.
Pour comprendre El Niño, il faut d'abord regarder ce qui se passe habituellement dans le Pacifique équatorial.
En situation normale, les alizés, des vents qui soufflent globalement d'est en ouest dans les régions tropicales, poussent les eaux chaudes de surface vers l'ouest du Pacifique, en direction de l'Indonésie et de l'Australie.
À l'est, au large des côtes du Pérou et de l'Équateur, des eaux froides provenant des profondeurs remontent alors vers la surface. Ce phénomène, appelé remontée d'eau froide, apporte avec lui de nombreux nutriments qui favorisent une grande richesse biologique et alimentent notamment les ressources halieutiques.
Lorsqu'un épisode El Niño se met en place, cet équilibre est perturbé.
Les alizés faiblissent, voire s'inversent par moments. Les eaux chaudes accumulées habituellement à l'ouest se déplacent alors vers le centre et l'est du Pacifique. La remontée des eaux froides le long des côtes sud-américaines diminue.
Conséquence : la température de surface de la mer augmente dans cette partie du Pacifique et les zones de précipitations se déplacent également vers l'est.
Ce changement, apparemment limité à une région de l'océan, peut alors modifier la circulation atmosphérique sur une grande partie du globe.
D'où vient le nom « El Niño » ?
Le nom vient des pêcheurs péruviens. Ils avaient remarqué qu'un courant d'eau chaude apparaissait régulièrement le long des côtes du Pérou et de l'Équateur autour de Noël. Ils l'avaient associé à « El Niño de Navidad », c'est-à-dire « l'Enfant de Noël », en référence à l'Enfant Jésus. Le terme a ensuite été utilisé pour désigner le phénomène climatique beaucoup plus vaste que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'El Niño.
…aux conséquences planétaires
L'océan et l'atmosphère fonctionnent ensemble. Modifier fortement la température de l'océan dans une région aussi vaste que le Pacifique tropical revient à modifier les échanges de chaleur et d'humidité avec l'atmosphère.
Les perturbations se propagent ensuite par la circulation atmosphérique et peuvent modifier, selon les régions et les saisons, les régimes de précipitations, les températures ou encore l'activité cyclonique.
Les effets ne sont toutefois pas identiques partout. El Niño ne signifie donc pas « plus chaud et plus sec partout dans le monde ».
On observe plutôt une modification des probabilités :
- Des conditions plus sèches sont souvent favorisées en Australie, en Indonésie et dans certaines régions d'Asie et d'Amérique du Sud.
- Des conditions plus humides peuvent au contraire être favorisées sur la façade pacifique de l'Amérique du Sud, dans certaines régions d'Amérique du Nord ou encore dans certaines parties de l'Afrique de l'Est.
- L'activité des cyclones tropicaux peut également être modifiée dans plusieurs bassins.
Ces effets sont des tendances statistiques : ils ne permettent pas de prévoir à eux seuls la météo d'un lieu donné plusieurs mois à l'avance.
Les conséquences ne sont pas uniquement météorologiques. Au large du Pérou et de l'Équateur, le ralentissement des remontées d'eaux froides réduit l'arrivée de nutriments à la surface. Ces eaux, habituellement particulièrement productives, deviennent alors moins favorables au développement du plancton et des poissons. La modification de cet écosystème peut affecter toute la chaîne alimentaire, des poissons aux oiseaux marins, mais aussi les activités humaines qui dépendent de la pêche.
El Niño peut également avoir des conséquences importantes sur l'agriculture et les ressources en eau dans les régions où les précipitations diminuent ou, au contraire, deviennent exceptionnellement abondantes.
2026 : El Niño est de retour
Après une phase de transition depuis La Niña, les conditions El Niño se sont installées au printemps 2026. L’Agence américaine d’observation océanique, la NOAA, a placé le phénomène en phase d'alerte dès juin et indiquait, en juillet, qu'El Niño devrait continuer à se renforcer jusqu'à la fin de l'année.
L'Organisation météorologique mondiale (OMM) avait, de son côté, estimé dès juin à 80 % la probabilité de voir se développer un épisode El Niño entre juin et août, avec une probabilité proche de 90 % qu'il se maintienne pendant la suite de l'année.
L'évolution observée cet été était cohérente avec les prévisions établies au printemps, et l'épisode pourrait devenir fort à très fort au cours des prochains mois. La NOAA estimait début juillet à 81 % la probabilité que l'épisode atteigne une intensité « très forte » entre octobre et décembre, ce qui le placerait parmi les épisodes les plus importants observés depuis le début des observations modernes, en 1950. De son côté, Météo-France souligne également que certains modèles envisagent un épisode suffisamment intense pour être qualifié de « super El Niño ».
Quel impact pour la France ?
Les effets d'El Niño sont généralement beaucoup moins directs et beaucoup moins marqués en France métropolitaine que dans les régions tropicales et subtropicales. Le phénomène peut néanmoins influencer la circulation atmosphérique à grande échelle et donc modifier certaines probabilités météorologiques en Europe. Pour autant, El Niño ne doit pas être considéré comme le principal facteur expliquant l'évolution des températures en France.
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Sources